La grande «détresse psychologique» des personnes âgées vivant en établissement.

Généralement, entre la maison de retraite et le maintien à domicile, les personnes âgées préfèrent la deuxième option.

Nos aînés n’apprécient pas le changement : Dans la majorité des cas ils insistent pour rester au domicile où ils vivent depuis plusieurs années. Ils y ont en effet tous leurs repères et rien ne saurait remplacer la familiarité avec leurs meubles de famille, la vue de leur fenêtre, l’importance de leur voisinage, de leur quartier, de leur pharmacie ou du pré qui borde leur village… Changer brusquement de cadre de vie peut trop souvent avoir un effet néfaste pour la personne âgée.

L’entrée en Ehpad est souvent perçue comme un choix contraint par les personnes âgées.

Un tiers des personnes âgées vivant en Ehpad sont en «situation de détresse psychologique». C’est la conclusion qui s’impose à la lecture du rapport «CARE» de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) paru vendredi 31 janvier 2020.

L’enquête de la Drees, un organisme d’audit rattaché au ministère de la Santé, a été réalisée entre 2015 et 2016 auprès de plusieurs milliers de seniors en Ehpad et à domicile. En les interrogeant sur leur ressenti psychologique, la Drees a observé des écarts significatifs de bien-être entre les résidents d’établissements spécialisés et les personnes ayant pu continuer à vivre chez elles. De cette enquête ressortent des niveaux de fatigue, de lassitude ou d’épuisement plus élevés chez les personnes placées en Ehpad. Un tiers de ces dernières ne se sentiraient jamais ou rarement heureux, soit deux fois plus que les seniors qui restent à domicile. Ils manquent également deux fois plus d’appétit et sept fois plus de motivation. L’absence totale d’activité quotidienne est une réalité pour 20% des résidents d’établissements spécialisés, alors qu’il est quasi inexistant chez les personnes vivant à domicile.

Pour Romain GIZOLME, directeur de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), « on répond très bien aux besoins de base, mais on ne sait pas encore suffisamment accompagner les gens pour qu’ils puissent continuer de se réaliser parce qu’on n’arrive pas à répondre à leurs attentes et à leurs aspirations ».

Des états dépressifs plus fréquents en Ehpad

De manière générale, l’état de santé psychologique est bien meilleur lorsque les personnes continuent de vivre dans leur propre maison.

Chez les seniors vivants en établissement spécialisé, près de 18% d’entre eux déclarent souffrir de dépression. C’est deux fois et demi plus que chez les personnes qui vivent chez elles. Ces chiffres, comme le précise la Drees, sont probablement sous-estimés puisqu’ils se fondent sur les déclarations des personnes concernées, ce qui suppose que ces dernières aient pleinement conscience de leur dépression et qu’elles puissent la qualifier comme telle.

Autre indicateur inquiétant du niveau de mal-être, une personne en Ehpad sur deux consomme des antidépresseurs, contre une personne âgée résidant à domicile sur sept. Surtout, un tiers des résidents d’Ehpad sont en situation de «détresse psychologique», contre un quart des plus de 75 ans vivant à domicile.

Le sentiment d’isolement nourrit la détresse psychologique des personnes âgées.

Une fois ce bilan dressé, la Drees a tenté de comprendre pourquoi les personnes résidants en Ehpad souffraient psychologiquement. Parmi la myriade de raisons possibles, trois variables ont retenu l’attention des chercheurs: l’état de santé, la fréquence et la qualité des relations sociales. Comme le note le rapport, «le sentiment d’isolement, la qualité de la relation avec les aidants, le fait d’avoir des amis au sein de l’établissement et la capacité à nouer des relations» participent du bien-être des personnes âgées. Ainsi, 24% des résidants n’ayant aucune difficulté à nouer des liens sont «en état de détresse psychologique», contre 64% chez ceux qui peinent à en nouer.

Les relations sociales avec l’extérieur, que ce soit la famille ou les amis, sont également déterminantes. Sur ce point, la Drees montre que le bien-être n’est pas indexé à la fréquence objective des visites, mais plutôt au sentiment subjectif d’être bien entouré. Plus les personnes âgées sont satisfaites de la fréquence à laquelle elles voient leurs proches, moins leur état de santé psychologique se dégrade. À l’inverse, le sentiment d’isolement nourrit une profonde détresse psychologique chez ces mêmes personnes. Pour cette raison, la Drees constate que «les résidents qui n’ont ni amis ni famille ont en moyenne un […] bien-être plus élevé que ceux qui déclarent vouloir voir leur famille ou leurs amis plus souvent».

Un mode de vie contraint

Malgré ces différences en termes de bien-être, la Drees indique que ces écarts s’expliquent «en partie par le fait que la dégradation de l’état de santé de ces personnes est la cause majeure de l’entrée en établissement». Autrement dit, ce ne sont peut-être pas tant les conditions de vie en Ehpad qui expliquent la détresse psychologique des personnes âgées. C’est plutôt la dégradation de l’état de santé des personnes à l’approche de la mort qui justifie leur placement en établissement spécialisé.

Surtout, le mal-être de ces personnes en fin de vie se comprend lorsqu’on appréhende l’entrée en Ehpad comme un choix souvent contraint : 91% des résidents déclarent y entrer en raison de leur état de santé ou de leur âge. Dans 20% des cas, c’est le manque de disponibilité des proches qui motive l’entrée en établissement spécialisé, et dans 9% des cas l’isolement social. L’Ehpad est alors perçu comme un nouvel environnement auquel il faut s’acclimater, bien souvent «le dernier lieu de vie de la personne». Enfin, comme le note le rapport, le décès d’un conjoint est parfois la cause du placement en Ehpad. L’espérance de vie des hommes étant plus courte que celle des femmes, trois quarts des résidents sont des femmes et 73% d’entre elles sont veuves. La perte du conjoint, couplé à un bouleversement complet du cadre de vie, endeuille de manière durable ces personnes âgées.

Enfin, la Drees révèle en guise de conclusion que «les résidents d’établissements privés à but non lucratif et public non hospitaliers affichent des scores de bien-être plus élevés que les résidents d’établissements privés à but lucratif», sans préciser les raisons de cet écart. De quoi aussi faire couler de l’encre sur la maltraitance dans les maisons de retraite privées.

« Les politiques vieillesse ont été construites autour d’une idée plutôt sanitaro-centrée »

Pour Romain GIZOLME, cette enquête du ministère de la Santé montre que les personnes en situation de fragilité « ont besoin d’un accompagnement plus important » car il est plus difficile pour elles « d’accéder à des activités de vie sociale, à des liens avec d’autres personnes », ce qui a « une incidence sur la qualité de vie, le moral et le bien-être psychique ».

« Les politiques vieillesse ont été construites autour d’une idée plutôt sanitaro-centrée, c’est-à-dire très hospitalière et d’une idée de protection et de surveillance », résume le directeur de l’AD-PA. Mais aujourd’hui, « les gens ne sont pas satisfaits de l’entrée en établissement ». La solution pour lui ? « Construire des modèles de fonctionnement d’établissements beaucoup plus proches de la vie à domicile, voire qui deviennent des domiciles. »

Conclusion.

Pour une majorité de personnes âgées dépendantes il est heureusement possible de rester chez elles.

De nombreux départements, et en particulier celui des Hautes-Pyrénées, ont mis en place des actions d’informations qu’ils assurent, avec localement le relais des CLIC (Centres Locaux d’Informations et de Coordination), ainsi que des aides financières pour le maintien à domicile.

Les SAAD (Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile) sont également des acteurs majeurs locaux du maintien à domicile et de l’accompagnement des aidants… En recourant à leurs services vous pouvez bénéficier d’aides, d’avantages et allocations.

Renseignez-vous…

 

Relais d’un article d’Arthur Schweitzer (Figaro Social) et de l’Enquête de la Drees.

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