Vaccin des résidents des Ehpad contre le Covid-19

Alors que le gouvernement a annoncé que les personnes âgées résidant en maison de retraite ainsi qu’une partie de leur personnel, seraient prioritaires pour la campagne de vaccination contre le Covid-19, Odile Reynaud-Lévy, gériatre, et Pascal Champvert, président de l’AD-PA, débattent des conditions éthiques de ces vaccinations.

« Un problème juridique majeur »

Pascal Champvert, président de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées)

« Recueillir le consentement des résidents d’Ehpad pour le vaccin contre le Covid-19 sera difficile compte tenu du retard accumulé par notre pays en matière d’accès aux protections de justice pourtant indispensables pour nombre de personnes âgées. Une personne n’étant pas en mesure de donner son consentement a le droit de bénéficier d’une telle protection de justice, un tuteur ou un curateur, selon les cas, qui donnera son aval ou pas, en fonction de ce qu’il connaît de la personne, de son parcours de vie, de ses opinions…

Le tuteur peut aussi, dans certains cas, s’entretenir directement avec la personne concernée (pour une personne souffrant d’Alzheimer par exemple, pendant un moment de lucidité) avant de prendre la décision en son nom, et en connaissance de cause. Or, beaucoup de personnes âgées n’ont ni personne de confiance, ni tuteurs. C’est le cas, notamment, lorsque la dégradation cognitive a été rapide et n’a pas laissé le temps de mettre en place une tutelle.

Bien sûr, nous pouvons nous adresser aux proches, mais c’est moins « officiel », moins encadré juridiquement. Il est bon que la crise du Covid mette en avant ce problème juridique majeur. Les personnes âgées, sous prétexte qu’elles sont âgées, n’ont pas à être des citoyens ayant moins de droits que les autres. »

« Les Ehpad ne sont pas des lieux de non-droit »

Odile Reynaud-Lévy, gériatre, vice-présidente de l’Association nationale des médecins coordonnateurs et du secteur médico-social.

« Les personnes âgées étant des citoyens comme les autres et les Ehpad n’étant pas des lieux de non-droit, pour les personnes ayant tout leurs facultés cognitives, ou une altération très minime de celles-ci, le consentement sera bien entendu sollicité. C’est la loi ! Avant toute administration du vaccin contre le Covid-19, le médecin coordinateur demandera en plus l’aval du médecin traitant du résident.

Nous sommes habitués au refus : chaque année, des résidents ou leurs familles refusent l’administration du vaccin contre la grippe. Les raisons sont nombreuses : « Je n’ai pas confiance » ; « Je ne l’ai jamais eue donc je ne vois pas pourquoi je l’aurais cette année » ; « La seule fois où je me suis fait vacciner je l’ai eue quand même… »

Dans ces cas-là, nous ne le faisons pas, personne ne sera vacciné d’office, nous avons une déontologie ! La situation est plus compliquée pour les personnes n’ayant pas leur faculté de jugement ou souffrant de troubles cognitifs. Nous sollicitons alors l’aidant principal ou la personne de confiance.

Nous allons aussi nous interroger : les gens ont-ils écrit des choses à ce propos dans leurs directives anticipées ? C’est rare (généralement, les personnes ne pensent pas à parler des vaccins), mais cela arrive, à la marge. »

     Propos recueillis par Alice Le Dréau (journal Les Echos du 14 décembre 2020).

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