Quel est le meilleur endroit pour vieillir ?

Suite aux dernières révélations faites sur des problèmes de gestion dans les EHPAD de certains groupes privés, suivies de déclarations progressives, et en augmentation, du personnel sur les dysfonctionnement de leurs établissements, mais aussi de plaintes parallèles déposées quotidiennement par des familles de résidents, quel est le meilleur endroit pour vieillir ?

Publiée le 25 janvier 2022, l’enquête “Les fossoyeurs”, de Victor Castanet, dénonce les dysfonctionnements de gestion dans des EHPAD du groupe Orpéa. Le scandale s’est étendu aux établissements du groupe Korian. Une commission d’enquête a été dernièrement diligentée par le Sénat, pour que les établissements du groupe Orpéa soient auditionnés. Le vieillissement de la population française conduit à s’interroger à nouveau sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes.

Comment s’assurer que ses proches vieillissent dans de bonnes conditions ?

La question est complexe et la solution est difficile à trouver, tout autant que le modèle de fonctionnement de la prise en charge du grand âge en France (qui fait actuellement l’objet d’une prise de conscience et de recherches de mesures).

          1. La vie en Ehpad privés ou publics.

Aujourd’hui en France, chaque Ehpad (environ 7 400 établissements) bénéficie d’une autorisation de l’État et du département pour exister. Les pouvoirs publics déterminent également la qualité minimale de prise en charge et de soins des résidents.

Pour fonctionner, les Ehpad bénéficient à la fois de dotations du département et des Autorités Régionales de Santé (ARS), qui contribuent globalement à la moitié de leur fonctionnement. Le reste est financé par l’usager.

Il est aussi à noter qu’un Ehpad peut être habilité, c’est-à-dire que le tarif à payer par l’usager est déterminé par le département.

Lorsqu’il n’est pas habilité, comme c’est le cas de la plupart des Ehpad lucratifs, l’établissement décide lui-même du prix payé par l’usager. Le prix à payer pour l’usager, tous établissements confondus, varie de  1 800 à 6 000 €uros par mois, voire même beaucoup plus.

La différence de service pour les Ehpad privés, c’est qu’ils mettent théoriquement en place (car ce n’est malheureusement pas souvent effectif, malgré la mention dans les livrets d’accueil desdites structures), des sorties, des animations, des équipes de nuit et de jour… La différence se fait aussi sur la qualité du bâtiment et des chambres.

Néanmoins, qu’il soit public ou privé, chaque établissement a un seuil de prestation socle à respecter. Ces prestations sont déterminées par la loi.

Mais, abstraction faite de la gestion très discutable des Ehpad, le problème relevé depuis longtemps est triple : un manque de moyens humains, financiers et surtout fonctionnel.

  • Manque de moyens humains d’abord : les métiers de l’aide à la personne sont le sujet d’une grande tension : manque de monde, et crise des vocations. Peu payées, peu valorisées socialement, ces professions sont sujettes à beaucoup d’absentéisme et peinent à recruter.
  • Manque de moyens financiers ensuite : dans beaucoup d’établissements, les budgets sont trop serrés, malgré les dotations du département et de l’ARS, et il est compliqué, voire impossible, d’augmenter le reste à charge par l’usager. Où trouver alors des moyens ? Soit en faisant des économies, soit en augmentant les prélèvements pour financer ce secteur.

Sur ce point, il faut cependant souligner que pendant la crise sanitaire, le gouvernement a débloqué des moyens financiers « exceptionnels », selon la Cour des comptes, pour compenser leurs surcoûts, investir dans la rénovation, la numérisation, et revaloriser le personnel. Les mesures salariales du « Ségur de la Santé » pour les maisons de retraite auront un coût pérenne de 2,2 milliards d’euros, et le plan d’investissement 2021-2025 se monte à 2,1 milliards.

En 2022, l’objectif global de dépenses pour l’accueil des personnes âgées s’élève à 14,3 milliards d’euros, en hausse de 3,6 milliards sur quatre ans. C’est une première marche vers les 10 milliards supplémentaires qui seront nécessaires chaque année à partir de 2030, d’après le rapport Libault (2019).

Seul hic : Dans son rapport public annuel, publié le 16 février 2022, la Cour des comptes mentionne que ces financements d’ampleur débloqués pour les Ehpad et « inédit, conjoncturel puis permanent », a été accompli « sans contreparties notables ».

  • On sait très bien que les Ehpad aujourd’hui, tels qu’ils sont organisés, ne correspondent plus du tout à la qualité d’hébergement et des soins que l’on est en droit d’attendre.

Il y a quelques années, des maisons de retraite accueillaient des personnes entre 60 et 65 ans. Les Ehpad aujourd’hui ne sont pas des maisons de retraite dans la mesure où les personnes qui y sont n’ont pas choisi d’y être (elles y sont arrivées très souvent à la demande de leur conjoint ou de leurs enfants), que la moyenne d’âge n’est plus de 60 ans mais de 85 ans, et que les personnes qui y sont ont besoin de soins parce qu’elles ont la plupart du temps des maladies chroniques et qu’un grand nombre d’entre elles sont atteintes d’Alzheimer…

Que reste-t-il à faire ?

Comme révélé, une partie des Ehpad, accueillant nos aînés, sacrifie leur bien-être sur l’autel de la rentabilité. Il est aussi à remarquer qu’en 2020 et 2021 il y a eu de très nombreux décès liés directement au Covid ou indirectement à l’isolement forcé, et souvent abusif, des résidents avec l’impossibilité pour leur famille de les voir.

Faut-il alors supprimer les Ehpad (voir sur notre Blog l’article du 12 septembre 2020) ?

Nos Ehpad ont une utilité mais pas dans les attributions qu’ils ont actuellement. Une profonde et urgente remise en cause s’impose.

Il  faudrait, avant tout, redéfinir la mission des Ehpad, notamment au regard du maintien à domicile, et changer ensuite le modèle d’organisation, car on ne peut se contenter de réinjecter régulièrement de l’argent dans ces établissements lorsqu’un constat malheureux est fait.

          2. La vie en résidence autonomie.

Bien que présentant des avantages, cette formule ne peut pas concerner tous nos ainés.

Les résidences autonomie (ex logements-foyers) comportent à la fois des logements individuels et privatifs et des espaces communs dédiés à la vie collective. Elles sont souvent construites au cœur des villes, à proximité des commerces, des transports et des services, et sont le plus souvent gérées par des structures publiques ou à but non lucratif.

Les résidences autonomie sont conçues pour accueillir dans un logement des personnes âgées (seules ou en couples) majoritairement autonomes qui ne peuvent plus ou n’ont plus l’envie de vivre chez elles (à cause d’une baisse de revenus, de difficultés d’accès aux commerces, d’un sentiment d’isolement…).

Elles ne sont pas, en principe, destinées à recevoir des personnes qui ont besoin de soins médicaux importants ou d’une assistance importante dans les actes de la vie quotidienne.

De plus, le nombre de résidence autonomie reste très limité et les places généralement sont réservées en priorité aux résidents de la commune et aux membres de leur famille.

          3. Le maintien à domicile.

Le maintien à domicile, plébiscité et vanté pour ses atouts, reste une alternative de qualité pour une grande majorité de nos ainés en perte d’autonomie liée à l’âge et/ou la maladie,

L’installation d’un parent en Ehpad ne doit être que la solution de dernier recours, lorsque le degré de dépendance ne permet plus de rester à son domicile. Un avis qui est partagé par la majorité des personnes âgées (80% des personnes âgées interrogées préféreraient vieillir à domicile), animées d’une volonté farouche de rester chez elles, dans le confort du cocon où elles ont vécu en autonomie durant des décennies.

Mais quand l’état de santé ne permet plus d’accomplir les tâches du quotidien et que des soins sont nécessaires, la dépendance est-elle encore compatible avec le maintien à domicile ? 

Avec quelques aménagements dédiés du logement et le déploiement d’une aide humaine, c’est tout à fait possible. Et sans y laisser sa chemise, grâce à l’existence des dispositifs d’accompagnement.

  • Aménagement du domicile à la perte d’autonomie

Douche de plain-pied (avec, si nécessaire, siège et rampes), lit médicalisé, interrupteurs lumineux et des ampoules à détecteurs de mouvement, rampe d’accès ou encore un monte escalier lorsque la chambre et les sanitaires se trouvent à l’étage, il existe de nombreuses solutions pratiques et faciles à appliquer pour améliorer la qualité de vie dans le logement et favoriser l’autonomie.

  • Aide et accompagnement humain

Pour compenser la perte d’autonomie il est indispensable de mettre en place un accompagnement pour toutes les tâches que la personne âgée dépendante ne peut plus accomplir seule. Et les besoins à couvrir peuvent être larges : ménage, courses, préparation des repas, accompagnement aux rendez-vous médicaux… mais aussi lever et coucher, toilette ou encore soins infirmiers.

Et, très important, pour le bien-être de la personne âgée, comme pour sa stimulation intellectuelle et physique, quand l’état de santé le permet, il est utile de veiller à ce que celle-ci ait des interactions, des activités.

Quand la dépendance est plus importante, il y a aussi les soins assurés par des aides-soignants et les soins plus techniques assurés par des infirmières.

  • La sécurité à distance

Le risque de chute ou de tout autre accident domestique ou de santé est source de crainte.

Des dispositifs permettent d’assurer la sécurité à distance de la personne dépendante. Ainsi, il existe des bips à porter en pendentif, que l’on peut activer en cas de chute et ainsi déclencher l’envoi de secours. Ou encore des bracelets détecteurs de chutes et malaises, munis de capteurs qui analysent l’activité biométrique de son porteur. Il est également possible d’équiper le logement d’un système de vidéosurveillance.

  • La prise en charge financière des aménagements et accompagnement au quotidien.

Les aménagements du logement et l’accompagnement au quotidien ont un coût que tous les séniors ne sont pas en mesure de supporter.

Pour faire face à ces dépenses, il est possible de bénéficier d’aides financières. En  déposant un dossier d’allocation personnalisée d’autonomie (APA) auprès de son département, qui est la collectivité en charge de ces aides financières au maintien à domicile des personnes dépendantes. Des aides accessibles selon des critères d’éligibilité, de ressources, et en fonction des besoins de la personne.

Une équipe médico-sociale du Service du Conseil départemental va évaluer les revenus de la personne dépendante, ainsi que ses besoins au regard de sa pathologie (aide au domicile, adaptation du domicile à son état de santé, aides techniques), afin d’évaluer son GIR (c’est une grille qui détermine le niveau de perte d’autonomie). Ces éléments vont permette de déterminer un programme d’aide personnalisé indiquant le nombre d’heures d’aide à domicile et l’aide financière à laquelle la personne peut prétendre.

Ensuite, il suffit de prendre contact avec un Société d’Aide er d’Accompagnement à Domicile (SAAD), comme OXALINE, pour mettre en place le plan d’aide.

Le système fiscal intervient aussi par le biais d’un crédit d’impôt à hauteur de 50 % des dépenses, avec un plafond de 12.000 euros (voir la rubrique « Aides financières et avantage fiscal  » sur le site)

 

En conclusion :

L’autonomie de tous est une question de société et de citoyenneté. On ne saurait la cantonner à la seule dimension de l’hébergement. Gardons en mémoire que l’accompagnement de nos aînés doit se faire, d’abord et surtout, à domicile et c’est heureusement très souvent possible….

Sources :

  • dessin de Michel CAMBON (Rédaction Weka)
  • Rapport annuel de la Cour des comptes
  • 20 minutes santé (Anissa Boumediene)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.