« Faut-il supprimer les maisons de retraite ? »

Depuis quelques semaines des articles circulent sur les réseaux sociaux, dans les médias (Courrier international, article de Peter Janssen) et les plateaux de télévision (Magazine de la santé sur France 5/Allo docteur, article du Dr Antoine Piau, gériatre) appelant la suppression pure et simple des maisons de retraite.

Il est vrai que l’image des maisons de retraite, ces mal nommés EHPAD (Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), en a encore pris un coup supplémentaire avec la crise sanitaire et le décompte macabre quotidien des morts rapporté dans la presse locale, nationale et à la télévision.

Ces institutions de personnes âgées sont-elles si indignes, inadaptées et arriérées qu’on le dit ? Que faudrait-il améliorer et comment ?

I – Un constat négatif sur les EHPAD :

Des observateurs sérieux révèlent qu’il y a beaucoup de choses qui vont très mal en EHPAD  : 

  • Sous effectifs, problèmes de recrutements et turnover du personnel qui font que les résidents sont au final mal soignés.
  • Manque de moyens financiers pour améliorer le confort de vie des résidents.
  • Maltraitance et dépendance iatrogène qui en résulte.
  • Absence de médecin sur place et d’IDE la nuit, etc. 

La différence notable avec un service hospitalier.

C’est là que la comparaison avec les soins intensifs a ses limites, c’est que les EHPAD devraient être avant tout un lieu de vie avant d’être un lieu de soins. Mais ce n’est pas le cas. En effet, comme nos aînés y vont de plus en plus tard et avec de multiples pathologies, parfois sévères, ce n’est pas facile de s’extraire du soin, et ça vient en contradiction avec le premier point qui est la faiblesse des soins.

Ce sont des lieux propices à la propagation de maladies.

Le coronavirus a lourdement frappé notre pays, et la grande majorité des victimes sont des pensionnaires de maisons de retraite. Cette situation s’explique notamment par une mauvaise préparation, des mesures prises trop tardivement et un manque de moyens matériels et humains.

Cependant, la raison principale est toutefois à chercher ailleurs : il était impossible de faire appliquer les mesures de précaution dans ces résidences où les pensionnaires vivent bien trop souvent dans la promiscuité. Ces dernières ont bien essayé de les isoler dans leur chambre, mais cette méthode, aussi invivable qu’inhumaine, n’était pas tenable sur le long terme.

Les « seniors ne veulent pas y aller ».

Tous les sondages démontrent que nos seniors ne veulent pas être placés en maison de retraite et préfèrent rester chez eux. Certaines personnes répondront qu’  » ils ne veulent pas aller en hébergement pour personnes lourdement dépendantes mais si on leur demande s’ils veulent aller en soins intensifs, vont ils dire que ça leur fait envie ? Doit-on pour autant supprimer les soins intensifs ?  » 

Pourtant, la plupart du temps, ce sont les familles qui prennent la décision, faute de meilleure option. Elles se retrouvent alors devant un choix cornélien : le placement de leurs parents ou de leurs grands-parents, souvent malades et dépendants, en résidence est synonyme d’exposition à d’autres dangers, comme le coronavirus, la maltraitance…

Or, moyennant des investissements massifs dans les soins préventifs et les services à domicile (y compris, services infirmiers à domicile), nous pourrions leur offrir une deuxième option valable. D’autant plus que les baby-boomers, génération par nature plus “revendicatrice”, seront vraisemblablement moins enclins à accepter leur sort le moment venu.

Ils coûtent trop chers.  

Ils sont surtout « mal remboursés » expliquent les professionnels car ils relèvent beaucoup du besoin en présences continues, en soins, en accompagnements professionnels en plus de l’hébergement, de la restauration, de l’entretien… Ils sont majoritairement publics, associatifs, puis privés. Mais l’État n’a pas décidé, à ce jour, de quotas de personnels opposables ni de « référentiel qualité ». Cependant, des labels issus des professionnels eux-mêmes visent à valoriser les métiers, les pratiques et la qualité de vie.

II – Des orientations urgentes à prendre pour les EHPAD : 

Comme cela se fait dans beaucoup de villes européennes, il faut vraiment faire un effort colossal : 

  • Pour la mise en place d’un effectif qualifié et suffisant.
  • De fidélisation des équipes soignantes et de médicalisation.
  • De démédicalisation symbolique.
  • De souplesse pour s’adapter aux personnes accueillies.
  • D’ouverture vers les proches et de réintégration sociale dans la cité.
  • D’innovation pour démultiplier les alternatives (avoir une gamme plus riche de solutions).

Le «village Alzheimer» :

Il y a pourtant des exemples français sur lesquels on pourrait s’inspirer, comme le « village Alzheimer » dans les Landes qui va dans ce sens, même si le choix du nom est maladroit et va à contre courant de l’objectif affiché. On essaie justement de démédicaliser et de trancher avec l’environnement hospitalier classique et on donne parallèlement un nom de maladie au lieu ! À quand alors le village du cancer ou des insuffisants rénaux ? 

Ces établissements sont des lieux communs de vie et de soins où sont mutualisés les investissements humains pour que cela coûte moins cher aux familles mais aussi à la collectivité. Ce n’est donc pas complètement idiot !

Beaucoup de progrès ont certes été fait dans les EHPAD mais la tâche est encore immense pour les rendre mieux adaptés et, surtout, plus humains. Gageons que le projet de loi sur le Grand âge et l’Autonomie, promis de parachever « d’ici à la fin de l’année » par le Président de la République le 4 août 2020, aura des impacts forts pour ces établissements.  

III – En conclusion :

La projection 2040 de l’Insee le confirme. « Le taux de croissance moyen du nombre de personnes résidants en EHPAD serait d’environ 3,2% par an, contre 1,9% par an pour les personnes âgées dépendantes vivant à domicile ».

Il y a cependant une possibilité de renverser la tendance et d’apporter un mieux-vivre aux personnes dépendantes et une réponse satisfaisante à leur famille. Par une meilleure information du public, l’admission en maison de retraite pourrait se faire désormais encore de plus en plus tard, notamment pour des personnes de moins en moins valides.

En effet, à condition que le logement s’y prête (chambre de plain pied, aménagements pour éviter les accidents et les chutes …), et de l’état de santé, rester chez soi, ou au sein de sa famille, est aujourd’hui de plus en plus facile, avec, en plus, différentes mesures permettant d’assurer une aide financière à cette fin.

Les services d’aide et d’accompagnement à domicile, comme OXALINE, proposent en effet une offre diversifiée et appropriée, des simples travaux ménagers à la prise en charge globale de la personne, du lever au coucher, avec l’objectif important de permettre l’accompagnement à domicile dans des conditions optimales.

Mais, pour OXALINE, prendre soin d’une personne âgée à domicile ne doit pas se résumer seulement à lui faire la toilette, à l’aider dans ses déplacements, à prendre son traitement médical, ou encore à lui « faire du ménage » . À partir d’un plan d’aide, il s’agit de créer, dans son environnement, des conditions de vie favorable pour que le soutien à domicile soit possible, dans un souci permanent de prévention, en essayant de promouvoir les rôles sociaux, le maintien de certaines activités, là où la vieillesse (processus naturel de vie) et perte d’autonomie viennent freiner et limiter ses possibilités.

Faut-il alors supprimer les EHPAD ? Ne vaut-il pas mieux privilégier, le plus largement possible, la prise en charge au domicile des personnes âgées en perte d’autonomie et, parallèlement, repenser et transformer les EHPAD plutôt que de les supprimer ?

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